Les années pionnières
La Belgique possède un des réseaux de transport les plus denses au monde. Au tout début du 19ème siècle, de nouvelles voies navigables, liaisons ferroviaires et chemins de fer vicinaux qui reliaient différentes villes entre elles et améliorèrent considérablement l’accessibilité de la campagne, virent le jour. Le premier train voyagea entre Bruxelles et Malines en 1835, rapidement suivi par la construction d’une liaison ferroviaire entre Bruxelles et Ostende : l’exploitation de la ligne ferroviaire Bruges-Ostende débuta le 28 août 1838 et celle de la ligne ferroviaire complète Bruxelles-Ostende, le 2 septembre 1838. Pendant tout un temps, la Reine des Plages fut le seul arrêt de train du littoral, mais en 1863 et en 1869, Blankenberge et Nieuport vinrent s’y ajouter, et en 1868, la ligne ferroviaire fut prolongée de Blankenberge à Heist. C’est à la gare de Heist qu’on venait alors chercher en calèche les touristes qui souhaitaient se rendre à Knokke. Ce n’est qu’en 1890 que Knokke devint directement accessible de l’intérieur du pays grâce à la ligne de tram Brugge-Westkapelle-Knokke-Heist. La ville dut attendre jusqu’en 1926 pour pouvoir disposer de sa propre gare.
Les liaisons perpendiculaires entre le littoral et l’intérieur du pays étaient déjà prêtes depuis longtemps. Mais il manquait une ouverture latérale entre les différents villages dans les dunes et à la plage. Non seulement le tourisme, mais aussi l’agriculture et l’industrie avaient d’urgence besoin d’un moyen de transport bon marché pour faciliter et accroître leurs débouchés. C’est dans les années 1870 que germa l’idée de développer un petit réseau de chemins de fer vicinaux, mais la proposition de loi n’allait finalement être approuvée qu’en 1884 et la Société nationale des chemins de fer vicinaux (SNCV) fut fondée. En juin 1885, on entama la construction d’une ligne de tram entre Ostende et Middelkerke, laquelle fut inaugurée en grandes pompes le 5 juillet de cette même année. Le journal L'Echo d'Ostende du 9 juillet 1885 décrivait avec force détail les festivités de cette inauguration.
Un mois plus tard, la ligne de tram fut prolongée en direction de Nieuport. Le capital nécessaire à cette construction fut rassemblé par l’Etat, la province de Flandre occidentale et les communes concernées. Quelques particuliers participèrent même au financement de la ligne Ostende-Middelkerke-Nieuport, un projet d’un peu plus de 700.000 francs. Tous les projets suivants furent financés tant par les autorités publiques que par des capitaux privés. Le tram du littoral connut un grand succès et le réseau de tram poursuivit petit à petit son extension. Tout d’abord, la ligne Ostende-Nieuport fut prolongée jusqu’à Furnes en 1886 et même jusqu’à Ypres en 1888. Ensuite, le tram du littoral rejoignit également Coxyde et La Panne via Furnes en 1901. En 1886, la SNCV entama également la construction d’une liaison ferroviaire en direction de la côte est. Cette année-là, la ligne Ostende-Blankenberge fut ouverte, à la demande du directeur du Casino de l’époque qui voyait de l’or dans la construction d’une ligne de tram Ostende-Blankenberge et souhaitait attirer les touristes dans son casino. La ligne de tram serait une bénédiction pour les habitants de la commune et tous les indépendants.
Le littoral : le tram électrique
Le tram à vapeur fut appelé le ‘Vicinal’, mais l’idée d’un tram électrique commença tout doucement à s’imposer. En 1895, l’Etat belge et le colonel John Thomas North signèrent une convention qui stipulait notamment que le colonel North était autorisé à construire et à exploiter une ligne de chemins de fer vicinaux entre Ostende et Middelkerke. Cette initiative se heurta à pas mal de protestations de la part des communes concernées et de la province de Flandre occidentale. En tant qu’actionnaires de la SNCV, elles considéraient le tram électrique comme un important concurrent. Malgré tout, la Compagnie du Tramway électrique d'Ostende- Littoral fut créée. Entre-temps, la SNCV fit de son mieux pour être la première à faire rouler un tram électrique, toutefois sur le réseau de la ville d’Ostende. Finalement, c’est la SNCV qui inaugura, le 29 juin 1897, le premier tram électrique, suivie, trois semaines plus tard, par la Compagnie Ostende-Littoral, qui ouvrit solennellement, le 19 juillet 1897, la première ligne de tram électrique au littoral. Ce qui permit de poser les premiers rails de l’actuelle ligne du tram du littoral !
Le nouveau tram électrique présentait pas mal d’avantages par rapport au tram à vapeur : le nouveau véhicule démarrait bien plus rapidement et pouvait atteindre une vitesse de plus de 30 km à l’heure. Le trajet du nouveau tram constituait aussi une innovation importante. Etant donné qu’il s’effectuait en grande partie entre les dunes et la mer, on pouvait désormais profiter d’une vue magnifique. En outre, la Compagnie Ostende-Littoral possédait de splendides voitures, dont des voitures découvertes pour l’été. Ce tram fut rapidement qualifié de ‘tram des riches’. En outre, il s’arrêtait juste aux portes de l’hippodrome d’Ostende, où la classe plus riche aimait passer son temps. Les premières extensions de la ligne suivirent au début du 20ème siècle : en 1903, la ligne Ostende-Middelkerke fut prolongée jusqu’à Westende. En 1909, le premier tram électrique voyagea sur la ligne Ostende-Blankenberge, qui fut prolongée jusqu’à Knokke en 1912. Des lignes de tram électrique furent également construites au départ d’Ostende en direction de Dixmude et de Bruges. Les villages étaient, en général, très satisfaits de la construction du tram électrique, qui permit l'introduction de l’électricité sur ces portions et le raccordement des villages au réseau électrique. Au littoral, l’EBES, qui fournissait l’électricité pour les trams, fut dès lors également fondée.
Les guerres mondiales
Pendant les deux guerres mondiales, le tram du littoral fit l’objet d’un usage intensif. Au cours de la Première Guerre mondiale, les lignes du tram du littoral furent scindées en deux : d’une part, les lignes de tram reliant la frontière néerlandaise à l’Yser qui traversaient le territoire occupé par l’armée allemande et, d’autre part, les lignes de tram situées derrière le front. Dans les deux parties, les trams électriques et à vapeur remplissaient d’importantes fonctions. Les gens prenaient le tram pour pouvoir fuir vers les Pays-Bas, la France ou l’Angleterre. L’armée allemande, qui reprit la gestion du tram du littoral dans la région occupée, l’utilisait pour approvisionner les soldats et les citoyens. La Croix-Rouge l’utilisait également pour transporter les soldats et les citoyens blessés. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, le trafic sur les lignes du littoral fut réduit. Les trams étaient surtout utilisés pour transporter du charbon et de la nourriture. Ils étaient dès lors régulièrement pillés en raison de la famine qui régnait.
Une nouvelle success story
Après la Seconde Guerre mondiale, le tram du littoral paya un lourd tribut suite au succès de la voiture et à la concurrence du bus. L’infrastructure routière y fut adaptée : les routes furent élargies et les lignes de tram durent laisser la place aux voitures et aux bus. Bon nombre de lignes de tram disparurent du paysage pour de bon, mais la ligne du littoral fut l’une des seules, fort heureusement, épargnées.
A la fin des années 1970, une modernisation du réseau du tram du littoral s’imposa et on entama la rénovation de la ligne aérienne et la modernisation des sous-stations de traction. Les voies furent aussi systématiquement renouvelées. Au début des années 1980, la SNCV conclut un contrat avec l’actuel Bombardier et acheta une série de toutes nouvelles voitures pour tram. Depuis cette série, on parle de Light Rail Vehicles. En 1991, la SNCV fut remplacée par ‘De Lijn’ en Région flamande, qui continue à investir dans l’amélioration de la qualité et de la prestation de services pour les voyageurs. A l’heure actuelle, le tram du littoral transporte plus de douze millions de voyageurs par an : des habitants, des écoliers, des touristes et des pensionnés. Le tram du littoral constitue une icône pour la Belgique et pour le littoral, tout en contribuant à sa durabilité et à sa viabilité.